L’Art du Non- Art par Meriam Bousselmi

 

Logovert

L’Art du Non-Art

Par Meriam Bousselmi

 

Berlin le 7 Avril 2016

Réflexions autour du Théâtre après une soirée au Festival Internationale Neue Dramatik au Schaubüne

 

L’art du Non-Art

A quoi sert encore le théâtre quand un insignifiant se croit à juste titre un héros pour raconter l’histoire de toutes les insignifiances culturelles de son pays ?

A quoi sert le théâtre qui reproduit la même dramaturgie, la même esthétique, les mêmes clichés et la même médiocrité de la télévision sans aucune prise de position ni même une distanciation ?

A quoi sert le théâtre qui triche, qui montre ce qui n’est pas vrai pour faire impression de vrai ! A quoi sert un théâtre qui prétend dévoiler une culture lorsqu’il ne fait que la détruire ?

A quoi sert le théâtre quand il devient un art totalitaire sans nuances ni capacité de référence et qui s’acharne à réduire une culture à quelques bavardages anecdotiques sans consistance et un peuple à une bande de ploucs, d’arriérés et de conspirateurs sans aucune conscience ni esprit critique ?

A quoi sert le théâtre qui reproduit les mêmes schémas de servilité et de soumission et qui cherche à plaire en titillant le mépris du récepteur ?

Nous sommes arrivés au plus raide de la pente, au temps des « mercenaires de l’art ».

La scène internationale s’est moulée depuis des années sur le seul concept du « Mentor & Protégé ». Le théâtre n’est plus une question de « talent », « de projet » et de « discours » mais une question de « réseau », de « connexion » et de « copinage ».

Il y’a de l’intérêt pour tel ou tel artiste tant qu’il rentre dans une case de subventionnement. Il est protégé tant qu’il est capable de rendre service dans l’autre sens.

Les programmateurs ne cherchent plus la perle rare, ils préfèrent « l’exotique » à « l’art qui dérange » surtout si il s’agit du monde arabe. Pourquoi montrer des artistes qui sont peut-être intelligents et porteurs de réflexion mais qui n’ont pas la chance de percer dans un monde qui étouffe la singularité, quand il est plus facile de tendre la main à ceux qui ont su, non par « ingéniosité » mais par « astuce » ou par « chance », se tailler une place au sein du  « système » et sont en mesure d’offrir quelques faveurs en retour ?

Pourquoi prendre les chemins longs du voyage quand certains proposent un raccourci ?

Nous sommes à l’heure d’une perte totale des repères surtout des repères éthiques. Et c’est grave. C’est grave surtout quand une audience nombreuse et non-initiée mais polie et curieuse  de connaitre une culture qu’elle craint, tombe sur une production qui ridiculise à la fois le créateur et son sujet, la création et son public. Au point que j’ose croire que c’est un acte de résistance de ne pas applaudir une pièce de théâtre médiocre quand une salle pleine applaudit mécaniquement l’immondicité de la bêtise dont elle s’est rendue victime et coresponsable à la fois ! 

Le théâtre n’est pas en danger mais c’est un danger.

C’est un danger car il est un véhicule d’idées, d’idiologie, d’opinions et d’informations. Il est un danger car il peut être instrumentalisé comme une religion pour servir des intérêts personnels  au détriment du collectif, de l’humain et de la vérité. Combien de carriéristes sans scrupules  se sont emparés du théâtre comme les rapaces s’emparent d’un fond de commerce pour faire croire ce qu’ils ne sont pas ou ce qui est faux, pourvu que le monde soit à leurs pieds !

Les Hommes se trompent sur l’art mais l’art ne trompe pas les Hommes. C’est l’heure du Non-Art, de l’Art sans Qualité, de la Perte du Métier, de l’Art par « succession », de l’Art «  sous tutelle », l’Art du « cabotinage », l’Art de « l’histrionisme » et c'est  dans l'esprit de ces temps de l’ubiquité ! Tout est théâtre au sens péjoratif et je vous promets que cela ne fera que s’amplifier ! Il est des  temps où le ridicule peut devenir tout à coup une puissance et même une pertinence pour que les sots connaissent le succès et qu’on leur accorde des distinctions qu’on refuse aux Hommes de talent ! Reste à espérer que le Grand Artiste -qui a conçu ce monde injuste- sache varier son drame mieux que nous ! 

×